L’éducation nécessite d’établir un « climat favorable »

La revue « Sciences humaines » d’octobre 2016 publie un article de Éric Debarbieux intitulé Le climat scolaire, un défi collectif.

Ce grand spécialiste, depuis de nombreuses années, de la lutte contre la violence à l’école, connaît bien la question et son analyse est particulièrement intéressante. J’en cite deux extraits :

La notion de « climat scolaire » rencontre depuis plusieurs années un succès grandissant. Elle permet de relier entre elles des conceptions parfois considérées comme antinomiques dans une certaine vulgate « antipédagogique » : bien-être des élèves (et des personnels) et qualité des apprentissages, lutte contre la violence à l’école et bienveillance, justice scolaire et sentiment d’appartenance à l’école. Une définition large en est proposée par une des institutions les plus actives sur le sujet, le National School Climat Center, dirigé à New York par Jonathan Cohen : « Le climat scolaire renvoie à la qualité et au style de vie à l’école. Le climat scolaire repose sur les jugements que portent les personnes sur leur expérience de vie à l’école. Il reflète les normes, les buts, les valeurs, les relations interpersonnelles, les pratiques d’enseignement, d’apprentissage, de management et la structure organisationnelle inclus dans la vie de l’école. » Pour autant, ces jugements ne doivent pas être considérés comme des jugements individuels, mais bien comme les perceptions des différents groupes sociaux qui constituent une école. Le concept doit inclure les élèves, mais aussi tous les membres de la communauté scolaire, par exemple la sécurité des professeurs et leurs relations sociales et émotionnelles avec leurs collègues ou encore la qualité du leadership.

Les principales dimensions du climat scolaire peuvent être résumées en cinq points : les relations, l’enseignement et l’apprentissage, la sécurité, l’environnement physique et enfin le sentiment d’appartenance. Un « bon » climat scolaire est défini pour chacune de ces catégories. Par exemple, des relations chaleureuses et encourageantes de la part des adultes augmentent l’estime de soi, entraînent moins de problèmes psychosomatiques, moins de victimation, et favorisent une attitude de demande d’aide face au harcèlement et aux menaces. Cette bienveillance n’est cependant efficace qu’accompagnée d’une exigence ferme pour les conduites et apprentissages, avec une haute attente dans les capacités des élèves. Des procédures contre la violence claires, bien implantées et perceptibles entraînent des effets positifs sur les résultats scolaires, la santé mentale et les comportements. À l’inverse, des politiques répressives trop dures engendrent des sentiments de crainte, et augmentent les conduites à risque et le décrochage. La perception de l’environnement physique et le sentiment d’appartenance sont intimement liés : les élèves apprennent mieux et sont plus motivés lorsqu’ils se sentent « habiter leur école » (beauté, décoration, appropriation des lieux) et valorisés, qu’ils s’investissent dans la gestion de l’école et que leurs professeurs se sentent fortement connectés à la communauté scolaire.

Il précise que si environ 10 % des élèves expriment un mal-être à l’école, selon l’enquête Pisa de 2012 seuls 47 % des élèves déclarent se sentir « chez eux » à l’école ; c’est la proportion la plus basse de tous les pays et économies ayant participé à cette enquête.

Il conclue : Travailler sur le climat scolaire est une nécessité. Nécessité pour la prévention, nécessité pour la construction des connaissances. Ceci après tout pourrait paraître une banalité : le bon sens ne suffit-il à dire qu’être bien dans sa classe, heureux dans son école, accroché aux amis et aux enseignants favorise les apprentissages ? Las, comme pour le réchauffement climatique, il existe des « climatosceptiques » dont le fonds de commerce reste l’opposition stérile entre pédagogie et construction des connaissances. L’amélioration du climat scolaire reste un combat.

Ce texte est le bienvenu dans un contexte où une cohorte d’intellectuels accusent l’École de tous les maux de la société et souhaitent que nous effacions tout pour recommencer. Recommencer l’école comme au temps glorieux des hussards de la République. Recommencer comme si notre École, aujourd’hui, était frappée d’un mal incurable, on pourrait dire d’un péché originel, dont le nom serait « le pédagogisme ».

L’École a en charge la transmission des connaissances. C’était un monopole, ça ne l’est plus. Les connaissances sont accessibles partout. Par contre, c’est à l’École que tous les enfants sans aucune distinction peuvent trouver des enseignants qui vont les aider à s’approprier ces connaissances. Mais l’école est aussi un des lieux d’éducation.

l’Éducation, c’est tout ce que l’enfant va trouver sur son chemin de construction personnelle pour devenir lui-même, un(e) adulte, un(e) citoyen(ne). L’éducation, c’est toute une organisation sociale : des logements adaptés à l‘épanouissement des familles, des villes et des villages pensés pour que les enfants y aient toute leur place, un tissu associatif riche d’activités diverses animées par des éducateurs bénévoles ou professionnels, une organisation du système de santé et social qui agit pour chaque enfant. Et puis, bien sûr, les parents qui sont les premiers éducateurs de leurs enfants. l’École doit affirmer sa spécificité, mais aussi se positionner dans le cadre de l’action éducative globale.

« Il faut tout un village pour éduquer un enfant » ce proverbe africain doit s’appliquer partout et toujours.

Tous ces lieux d’éducation (en priorité la famille et l’école) doivent être accueillants, si l’enfant s’y sent bien, il pourra s’y épanouir, affronter les difficultés, développer son énergie, son autonomie, sa responsabilité, sa solidarité. En un mot, se construire. Il faut de la confiance et non pas de la peur pour se développer, il faut un climat de sérénité pour accepter les contraintes nécessaires. Tout le monde sait qu’un climat anxiogène dans la famille perturbe le parcours scolaire, mais certains pensent qu’il serait favorable dans l’école !!! Quelle absurdité !

Il va bien falloir concrétiser l’élaboration d’un véritable contrat éducatif qui sera la référence éducative dans toute la société française.

réflexions autour d’un texte sur la bienveillance

Le site www.profencampagne.com publie un texte de Philippe Douroux Pour une République bienveillante axée sur la confiance dans le lien sociale et en premier lieu au sein des écoles dont vous trouverez ici le lien.

http://www.profencampagne.com/2016/08/pour-une-republique-bienveillante-axee-sur-la-confiance-dans-le-lien-social-et-en-premier-lieu-au-sein-des-ecoles.html

 

Ce texte arrive dans une période d’intenses bouleversements, de profondes interrogations sur notre démocratie, sur notre devenir collectif. L’école et plus largement l’Education sont bien sûr questionnées dans ce cadre.

Cette réflexion est salutaire dans la mesure elle nous place tous devant les mêmes questions à résoudre mais surtout devant la nécessité de les résoudre ensemble. On s’assoie, on se parle on s’écoute, on décide, on agit et on construit. C’était, si j’ai bien compris la démarche rêvée de « nuits debout », c’était, dans les années 70, l’idée de l’équipe de l’an 01.

Mais aujourd’hui, il faut se mettre en marche, tous acteurs confondus pour réaliser des révolutions pacifiques domaine par domaine. Cela est possible dans celui de « l’éducation » au sens large du terme. Toute la société est directement concernée par l’Education et la grande majorité de façon directe. Les parents sont les premiers éducateurs, de nombreux professionnels interviennent avec des enfants (enseignants, éducateurs, assistantes maternelles, ATSEM, personnels sociaux et médicaux etc.) et tous les citoyens sont amenés à côtoyer des enfants sans distinction.

C’est dans le cadre d’une société éducatrice que tous les enfants, sans exception, pourront se construire.

Les enseignants ne sont pas en charge de l’éducation des enfants, mais ils doivent en prendre leur part. L’image qu’ils donnent de l’adulte, de l’autorité, des relations humaines est fondamentale dans la construction de la personnalité du jeune. Les témoignages d’anciens élèves qui décrivent leur relation avec un enseignant ou une enseignante comme importante dans leur vie sont nombreux. un encouragement peut être décisif, une brimade catastrophique. Les enfants sont à l’école, au collège ou au lycée toute la journée comment peut on imaginer qu’ils soient « hors éducation » ? De même que les parents, principaux éducateurs, ne sont pas dispensés de se préoccuper de la transmission des connaissances. D’ailleurs les enseignants ne se privent pas de compter sur eux malgré les inégalités que cela engendre et que l’on connaît.

La problématique des relations entre les parents et les enseignants qui n’a jamais été vraiment traitée sur le fond est une base nécessaire à la mise en place d’une véritable coéducation. Je ne parle pas d’ouvrir l’école pour une fête, une formation, une réunion, je ne parle pas des réunions de parents une fois par an (rarement 2 ou 3) où les parents écoutent les enseignants collectivement et peuvent individuellement parler de leur enfant aux enseignants. Je parle de vraies rencontres avec un climat de confiance qui permette à chacune et chacun de parler avec un poids égal d’éducation en tant que parent ou en tant qu’enseignant.

Mais la coéducation ne peut se limiter à ça. Il faut intégrer à la démarche tous ceux et toutes celles qui ont quelque chose à dire sur l’éducation. Et ils sont nombreux.

L’objectif est de parvenir à un nouveau contrat social sur l’éducation. Que tous les acteurs s’entendent sur un certain nombre de valeurs et de principes pédagogiques qui seraient partagés. La diversité de l’offre pédagogique deviendrait dès lors une richesse sociale et l’occasion d’échanges, de débats dans l’unique intérêt des enfants.

Ce contrat ne peut en aucun cas être le fruit d’un groupe de spécialistes fussent-ils éminents. Il doit s’élaborer à partir de ces collaborations multiples partout sur le territoire, même si telle ou telle proposition nationale sont les bienvenues comme le projet de loi sur la violence faite aux enfants.

Les « personnes physiques » sont concernées en priorité, mais les institutions doivent aussi être présentes, je pense aux collectivités territoriales, en particulier les communes et les départements, la CAF au niveau national, régional et local et bien sûr l’ensemble du tissu associatif qui joue un rôle considérable en matière d’éducation.

Et l’Etat ? Le ministère de l’Education nationale devrait être le cadre d’une telle démarche. Il devrait être le ministère de la coéducation nationale, mais la réticence de beaucoup d’enseignants à être considérés comme des éducateurs ne lui permet pas d’être engagé fortement dans ce domaine. Et pourtant, la mise en place partout en France de Projets Éducatifs De Territoire va dans ce sens. selon une circulaire du 20/3/2013  adressée aux préfets de région et de département (DRJSCS, DDCS / DDCSPP), aux rectrices et recteurs d’académie ; aux directrices et directeurs académiques des services de l’éducation nationale ; aux inspectrices et inspecteurs chargés des circonscriptions du premier degré ; aux directrices et directeurs d’école : « L’objectif du projet éducatif territorial est de mobiliser toutes les ressources d’un territoire afin de garantir la continuité éducative entre, d’une part les projets des écoles et, le cas échéant, les projets des établissements du second degré et, d’autre part, les activités proposées aux enfants en dehors du temps scolaire. Il doit donc permettre d’organiser des activités périscolaires prolongeant le service public d’éducation et en complémentarité avec lui. Il peut être centré sur les activités périscolaires des écoles primaires ou aller jusqu’à s’ouvrir, selon le choix de la ou des collectivités intéressées, à l’ensemble des temps scolaire, périscolaire et extrascolaire, de l’école maternelle au lycée, à l’instar de certains projets éducatifs locaux actuels »

On voit bien que contrairement aux Projets Éducatifs Locaux développés dans beaucoup de communes depuis plus de 10 ans, dans le cadre du réseau national et international des villes éducatrices, les PEDT ne constituent qu’un système d’organisation des temps de l’enfant essentiellement dans le cadre scolaire et périscolaire et parfois extrascolaire. Il y manque bien sûr l’essentiel qui est la question du sens. Occuper les enfants, c’est bien, mais pour quoi faire ? dans quels objectifs ? quelles complémentarités entre ces activités ? Quels sont leurs besoins, leurs désirs ? Quelle valorisation des acquis ? Quelle évaluation du dispositif ? Le Recteur ou son représentant a-t-il la capacité institutionnelle de piloter un dispositif qui exige un respect total de l’autonomie des partenaires du projet ? Ces partenaires ne se mobilisent pas autour de l’école, mais avec l’école pour que les enfants réussissent leur vie, pas seulement leur scolarité. Si le recteur était le représentant d’un grand ministère de la coéducation nationale, il en serait différemment. Cela supposerait aussi que les initiatives soient prises par le territoire pour les enfants du territoire avec le soutien des institutions.

Le beau texte de Philippe Douroux sur la bienveillance constitue une réflexion qui pourrait être la base de d’échanges sur l’éducation. Ses idées résonnent et ne peuvent laisser indifférents. que le débat s’ouvre !