les 5 pistes de l’AFEV pour la réussite scolaire de tous les enfants

A l’AFEV, la coéducation fait partie des fondamentaux.

Voilà des jeunes et des moins jeunes qui se sont donnés comme objectif de lutter concrètement contre les inégalités sociales et notamment à l’école et œuvrer à la réussite des plus fragiles.

Il ne s’agit pas de remplacer l’école, mais d’élaborer toutes les alliances possibles pour lui permettre de faire réussir tous les enfants.

En cette période électorale nous connaissons maintenant  les projets des candidats pour l’école. Nous voyons bien là le clivage entre ceux qui souhaitent réduire les inégalités scolaires et ceux qui veulent concentrer les moyens pour que les meilleurs aient le meilleur.

Les jeunes de l’AFEV proposent 5 pistes de coéducation pour que la société civile se mobilise en faveur des plus démunis.

les voici :

AFEV

L’Afev (Association de la fondation étudiante pour la ville) est une association française à but non lucratif créée en 1992 par trois étudiants. Elle a pour but de lutter contre les inégalités dans les quartiers populaires, et de créer un lien entre des étudiants bénévoles ou volontaires en service civique et des enfants et jeunes en difficulté scolaire ou sociale. L’action de l’Afev a évolué au fil des années pour se concentrer aujourd’hui sur l’accompagnement individualisé1.

L’AFEV a permis à 124 000 jeunes d’être aidés dans leurs parcours scolaires par autant de bénévoles.

mobilisation générale pour la réussite de tous les enfants

Quelle France pour 2017? 1/3 : nos 5 propositions pour l’Education

Notre pays a connu l’une des plus importantes réformes éducatives avec la loi de refondation de l’école en 2013 qui, de l’avis de l’OCDE, a favorablement impacté le système éducatif. Citons, entre autres, le retour de la formation des enseignants, la priorité donnée à l’école élémentaire ou encore la lutte contre le décrochage scolaire qui a porté ses fruits puisque nous sommes passés aujourd’hui sous le seuil symbolique des 100 0000 décrocheurs (contre 150 000 il y a 5 ans). Les changements esquissés dans notre système éducatif ont besoin d’être approfondis. Le temps éducatif est un temps long, plus en tout cas que le temps politique. Comme le pointait Nathalie Mons, présidente du CNESO, les politiques éducatives en France ont souvent à peine le temps d’être évaluées…. qu’elles changent ! Pendant ce temps, les inégalités scolaires, elles, continuent de croître : l’enquête Pisa 2016 l’a encore démontré.

Pour l’Afev, qui a accompagné en 25 ans plus de 100 000 enfants et jeunes en fragilité scolarisés dans les réseaux d’éducation prioritaire et a animé depuis 9 ans un plaidoyer éducatif annuel autour d’une « Journée du Refus de l’échec scolaire », il y aujourd’hui deux enjeux :

  • comment poursuivre la nécessaire refondation de l’école pour ne laisser aucun enfant sur le bord du chemin

  • comment sceller des « alliances éducatives » sur le territoire, avec d’autres acteurs éducatifs (cliquez ici pour consulter le bilan de notre Journée du refus de l’échec scolaire consacrée aux alliances éducatives

Comme le déclarait la ministre de l’Education « pour œuvrer à la réussite de tous les élèves et lutter efficacement contre les inégalités, l’école à elle seule ne peut pas tout et a besoin de construire des « alliances éducatives » avec ses partenaires (parents, collectivités, associations, monde professionnel…).

Bien sûr, la réussite éducative des enfants dépend largement de ce qui se passe au sein de l’école et du travail des équipes éducatives avec les élèves. En ce sens, il est indispensable d’aller plus loin sur certains chantiers clés. Nous pouvons, sans exhaustivité, citer : la formation continue des enseignants (sur la pédagogie différentiée indispensable face à l’hétérogénéité des classes en éducation prioritaire), la réduction des effectifs en classe ou le co-enseignement dans les zones prioritaires, la fin effective des devoirs sur le temps familial (facteur très aggravant d’inégalités, on le sait, pour un faible « retour sur investissement pédagogique »), etc.

Outre les changements qui doivent advenir au sein de l’institution scolaire, il nous parait indispensable d’attirer l’attention, dans le cadre de cette campagne présidentielle 2017, sur la nécessaire mobilisation des divers acteurs de l’éducation (hors l’école) pour la réussite de tous les enfants.

5 pistes :

1. L’engagement des établissements d’enseignement supérieur : Les établissements d’enseignement supérieur sont des leviers important de développement local et d’aménagement du territoire, ils peuvent participer de l’élévation du niveau éducatif global des habitants de leur territoire (Responsabilité Sociétale des Universités/RSU) notamment en développant le tutorat étudiant (validé dans le cursus et encadré par des professionnels) pour l’accompagnement des plus fragiles. Si les devoirs sont internalisés au temps scolaire, l’accompagnement individuel par des étudiants pourrait permettre aux plus fragiles de développer leur capital scolaire, leur ouverture culturelle, renforcer la confiance en soi… Autant de champs non strictement liés aux apprentissages mais pour autant déterminants pour la scolarité. Retrouvez ici l’évaluation réalisée par l’Afev sur les effets de l’accompagnement individuel sur les enfants en fragilité scolaire.

2. L’engagement de la jeunesse : L’engagement des jeunes est essentiel pour notre démocratie et son évolution. Qu’ils soient bénévoles ou volontaires, ils sont une ressource pour l’école.

Ainsi du climat scolaire de l’établissement va dépendre en partie la réussite des élèves. Comment concentrer le soutien sur les établissements qui vont mal ? L’un des leviers peut être le service civique à condition que les jeunes engagés soient intégrés, formés et accompagnés pour que leur intervention soit réellement utile. Retrouvez ici le bilan du programme ambassadeurs du livre à Lyon où des volontaires en service civique animent, dans tous les groupes scolaires, les BCD (Bibliothèques centre documentaire des écoles) des écoles.

3. L’engagement des entreprises : les entreprises ont une responsabilité dans l’accompagnement des acteurs éducatifs à la compréhension des changements induits par de fortes mutations de l’environnement professionnel et des formes d’organisation du travail. Elles partagent avec l’école la responsabbilité de l’insertion des jeunes, à commencer par le stage de 3e souvent vécu par les élèves sans réseau familial comme le premier moment de discrimination dans leur parcours éducatif.

A l’instar d’expérimentations menées dans le Val d’Oise ou la Seine Saint Denis, nous proposons un essaimage des plateformes de stages de 3ème qui pourraient être coordonnées par les chambres de commerces en lien avec les rectorats et les collectivités territoriales. Les actions d‘acceuil de jeunes en stage pouvant être valorisées dans le cadre des programmes de RSE des entreprises. Découvrez ici l’exemple de la plateforme de stage de la Seine Saint Denis.

4. L’engagement des collectivités locales : les collectivités locales ont des compétences obligatoires en matière d’éducation mais, au delà, peuvent également de manière transversale construire des territoires apprenants.

S’il existe un lieu éducatif identifié par les enfants et jeunes sur les territoires prioritaires, ce sont bien les médiathèques. Certaines ont déjà entamé une mue en véritable lieu d’animation territorial voire tiers lieu numérique avec, notamment, des horaires amplifiés le dimanche ou en soirée, des ateliers numériques… Nous proposons de généraliser ces expérimentations dans les quartiers prioritaires. Découvrez ici l’exemple des « idea stores » à Londres ou de la bibliothèque Vaclav Havel dans le 18ème arrondissemet à Paris.

5. L’engagement des familles : Les parents sont des acteurs essentiels de l’alliance éducative. Au delà de la représentation classique, par leur présence, leur participation et leurs choix de scolarisation, ils influencent le climat scolaire,déterminant pour la réussite des enfants.

Pour améliorer le lien familles école et faire des parents de réels acteurs des alliances éducatives, nous proposons de systématiser les lieux d’accueil parents (comme il en existe déjà par exemple à Lyon) dans l’éducation prioritaire. L’essaimage des projets du type « les papothèques » de l’école Pajol en REP à Paris permettant d’accueillir des parents allophones pour échanger sur le fonctionnement de l’école serait aussi un moyen concret pour faire participer des parents éloignés de l’école notamment par la barrière de la langue.

Enfin, outre les familles dites « éloignées de l’école », il conviendrait de sensibiliser l’ensemble des familles y compris celles des CSP aisées au fait que leurs stratégies personnelles de scolarisation de leurs enfants ont des répercussions directes et tangibles sur la mixité scolaire dans les établissements. Certes, les collectivités et le Ministère de l’Education Nationale ont un rôle fort à jouer dans les politiques volontaristes de mixité sociale et scolaire mais ces politiques ne seront effectives qu’à condition que les parents jouent vraiment le jeu. C’est le défi que se sont lancés certains parents d’élèves comme le collectif Apprendre ensemble à Paris 8 qui revendique le fait d’apprendre ensemble dans la diversité comme une chance pour leurs enfants et non un sacrifice. Leur approche, basée sur la valorisation de ce qu’ils en retirent plutôt que la culpabilisation des autres parents, semble être la bonne.

la philosophie avec les enfants

La décision de l’UNESCO d’ouvrir une chaire consacrée à la philosophie avec les enfants, basée à l’université de Nantes, pour encourager cette pratique au sein des écoles maternelles et primaires me semble être une bonne nouvelle.

Un dossier très intéressant a été établi par la revue « sciences humaines »

Si nous pensons que l’école a pour missions, au-delà des apprentissages scolaires, de permettre aux enfants de raisonner, de réfléchir, d’échanger, de s’interroger, de se forger une opinion propre, de respecter les autres, de mettre des mots sur des sentiments, des émotions, des réactions, si nous pensons que l’école peut contribuer à se poser dans la société en tant que personne autonome et solidaire, alors nous ne pouvons que soutenir cette démarche.

Cependant, les expérimentations réalisées et décrites dans la revue, ainsi que les différentes méthodologies employées nous appellent à une grande prudence sur les compétences qui se révèlent nécessaires pour pratiquer ces séquences. La formation des enseignants doit donc se saisir de cette question pour le bien des enfants mais aussi pour le bien de la société de demain.

Philosopher avec les enfants

(extraits)

Diane Galbaud

Publié par « sciences humaines » le 04/01/2017

 

En France, depuis une vingtaine d’années, la pratique s’est développée dans les écoles, mais sans être au programme. Ses intérêts pédagogiques ? L’enfant est incité à exprimer ses idées, ce qui renforcerait sa confiance en lui et ses capacités langagières orales. L’éducation à la citoyenneté, par la confrontation pacifique des opinions, est aussi mise en avant, dans le sillage de Matthew Lipman (1922-2010). Ce philosophe et pédagogue américain, inspiré par le pragmatisme de Charles S. Peirce et John Dewey, est le premier à avoir fondé des « ateliers de discussion à caractère philosophique », avec la conviction que seul le développement d’esprits libres peut garantir la santé des démocraties. Cet argument est repris par l’Unesco : « Le développement d’une pensée critique est fondamental dans une démocratie qui repose sur le droit à l’expression de ses idées personnelles, même minoritaires, et la confrontation des opinions dans un espace public de discussion . »

Toutefois, d’autres courants de « philosophie pour enfants » existent. Certains s’inspirent par exemple de la psychanalyse (encadré ci-dessus). Du côté des outils, Edwige Chirouter, maîtresse de conférences à l’université de Nantes et coordinatrice de la chaire de l’Unesco, recommande notamment la littérature de jeunesse. Pour l’enfant, les fictions donnent forme aux problématiques éthiques ou existentielles. E. Chirouter cite l’exemple de cet élève qui cite Peter Pan pour contre-argumenter, alors que ses camarades affirment que « tout le monde a envie de grandir ». Le personnage sert selon elle de « paravent » pour s’engager dans la réflexion philosophique sur des sujets intimes et profonds. Un moyen pour les enfants de s’approprier « authentiquement et publiquement de grandes questions métaphysiques universelles ».

Le journaliste et philosophe Frédéric Lenoir préconise quant à lui le recours à la méditation : durant les ateliers qu’il anime lui-même, les enfants sont d’abord invités à « ne penser à rien » pendant cinq minutes, pour se concentrer sur leur propre respiration et leurs sensations corporelles. Grâce à cette pratique, les enfants gagnent nettement en attention, affirme F. Lenoir. Ils se recentrent et abordent plus posément la discussion philosophique qui suit, sur l’amour, le respect, le bonheur ou le sens de la vie… Çà et là, d’autres offres se multiplient : goûters philo, petites conférences, livres et livres audio, ateliers philo sur scène au théâtre de l’Odéon, sites et guides à usage des enseignants, plates-formes collaboratives pour élèves… Ils ont pour point commun de promouvoir une éducation intellectuelle, morale et citoyenne fondée sur la discussion raisonnée.

Quant aux effets de cet apprentissage, plusieurs enquêtes menées à petite échelle ont constaté ses bienfaits, notamment en termes de raisonnement logique, d’aptitudes langagières, d’esprit critique, de confiance en soi ou d’autonomie. Réalisé au cœur d’une classe de maternelle de Seine-et-Marne située en zep, le film documentaire Ce n’est qu’un début de Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier (2010) montrait l’évolution pendant deux ans d’enfants qui suivaient un atelier philosophique, à raison de deux ou trois séances par mois. Peu à peu, ils prenaient conscience de leur capacité à réfléchir, parler et argumenter. Une étude britannique de plus grande ampleur, conduite auprès de 3 000 élèves d’écoles primaires et publiée en juillet 2015, a même relevé des progrès significatifs en mathématiques et en lecture, encore plus marqués chez les enfants des milieux les plus défavorisés. Pourtant, peu nombreux sont les pays qui, à l’instar de l’Australie, ont choisi d’institutionnaliser la philosophie à l’école primaire, la plupart se limitant à des expérimentations. Apprendre aux enfants à philosopher demeure encore aujourd’hui une idée neuve…

Différentes approches

Méthode Lipman

Les enfants écoutent un extrait d’un des sept romans philosophiques proposés par Matthew Lipman (adaptés à chaque tranche d’âge), lu à voix haute par l’un d’eux. Ils repèrent les questions abordées en formant une « communauté de recherche », puis en choisissent une ou plusieurs (exemples : qu’est-ce qu’aimer ? Pourquoi va-t-on à l’école ?). Ils discutent ensuite de ces thèmes en argumentant, avec des exemples et des contre-exemples. Ils prennent la parole en respectant des règles (doigt levé, bâton de parole, etc.). L’enseignant peut les questionner, par exemple si un préjugé est avancé. La séance se poursuit par des exercices d’application, puis par l’ouverture vers d’autres réponses et d’autres thèmes.

Atelier de groupe Lalanne

La méthode d’Anne Lalanne, aussi appelée « atelier de groupe », accorde un rôle important à l’adulte. Celui-ci organise le débat et garantit le respect de ses règles. Il pose des questions en répartissant la parole. Il fait progresser la réflexion en reformulant les idées et en retraçant leur cheminement. L’objectif est d’apprendre aux enfants à philosopher selon trois directions : la technique du débat, les valeurs démocratiques et les exigences intellectuelles de la philosophie (conceptualisation, problématisation et argumentation).

Atelier philo Lévine – Agsas

L’approche conçue par Jacques Lévine et le groupe Agsas s’appuie sur la psychanalyse. Le thème est introduit sous la forme d’une question ou d’un mot (grandir, le rêve, la peur…). Pendant dix minutes, les enfants échangent entre eux et la séance est filmée ou enregistrée. L’enseignant n’intervient pas. Puis les dix minutes suivantes, ils écoutent ou visionnent l’enregistrement et l’enseignant accompagne leurs réactions.

Dispositif Delsol

Le processus imaginé par Alain Delsol scinde le groupe d’élèves en deux. Des enfants interviennent, tandis que d’autres observent leur comportement et leur prise de parole. Ils peuvent endosser des responsabilités dans l’animation du débat : le « président » gère les échanges, le « reformulateur » reprend à sa manière les propos, le « synthétiseur » fait régulièrement le point des questions et des arguments. L’adulte, lui, canalise la parole des enfants.

Diane Galbaud

Un secteur éditorial en plein boom

Les éditeurs n’ont pas attendu la création de la chaire de philosophie pour enfants de l’Unesco. Les Petits Platon, maison d’édition indépendante, propose des albums philosophiques pour enfants depuis 2009, et rencontre un succès international, avec de nombreuses traductions : en anglais, danois, allemand, turc, chinois, portugais du Brésil… Les pensées de Socrate, Pascal, Kant, Lao-Tseu, etc. sont racontées sous forme de fictions joliment illustrées, accessibles dès 9 ans. Une nouvelle collection vient aussi de voir le jour, les « Tout petits Platon », pour les enfants de maternelle. Le premier titre, Pourquoi les choses ont un nom permettra ainsi de se demander pourquoi un cheval s’appelle un cheval, et pas une girafe, ou une carabistouille… Dans un esprit proche, les éditions Milan ont lancé la collection « Les goûters philo » (à partir de 8 ans), pour aborder des notions comme la religion, la démocratie ou la liberté. D’autres livres sont parus récemment pour aider les adultes à philosopher avec les enfants. Signalons ceux d’Edwige Chirouter (Ateliers de philosophie à partir d’albums de jeunesse, Hachette, 2016), Michel Tozzi et Marie Gilbert (Ateliers philo à la maison, Eyrolles, 2016), Frédéric Lenoir (Philosopher, méditer avec les enfants, Albin Michel, 2016), ou encore Patrick Tharrault (Pratiquer le débat philo à l’école, Retz, 2016).

Héloïse Lhérété