réflexions autour d’un texte sur la bienveillance

Le site www.profencampagne.com publie un texte de Philippe Douroux Pour une République bienveillante axée sur la confiance dans le lien sociale et en premier lieu au sein des écoles dont vous trouverez ici le lien.

http://www.profencampagne.com/2016/08/pour-une-republique-bienveillante-axee-sur-la-confiance-dans-le-lien-social-et-en-premier-lieu-au-sein-des-ecoles.html

 

Ce texte arrive dans une période d’intenses bouleversements, de profondes interrogations sur notre démocratie, sur notre devenir collectif. L’école et plus largement l’Education sont bien sûr questionnées dans ce cadre.

Cette réflexion est salutaire dans la mesure elle nous place tous devant les mêmes questions à résoudre mais surtout devant la nécessité de les résoudre ensemble. On s’assoie, on se parle on s’écoute, on décide, on agit et on construit. C’était, si j’ai bien compris la démarche rêvée de « nuits debout », c’était, dans les années 70, l’idée de l’équipe de l’an 01.

Mais aujourd’hui, il faut se mettre en marche, tous acteurs confondus pour réaliser des révolutions pacifiques domaine par domaine. Cela est possible dans celui de « l’éducation » au sens large du terme. Toute la société est directement concernée par l’Education et la grande majorité de façon directe. Les parents sont les premiers éducateurs, de nombreux professionnels interviennent avec des enfants (enseignants, éducateurs, assistantes maternelles, ATSEM, personnels sociaux et médicaux etc.) et tous les citoyens sont amenés à côtoyer des enfants sans distinction.

C’est dans le cadre d’une société éducatrice que tous les enfants, sans exception, pourront se construire.

Les enseignants ne sont pas en charge de l’éducation des enfants, mais ils doivent en prendre leur part. L’image qu’ils donnent de l’adulte, de l’autorité, des relations humaines est fondamentale dans la construction de la personnalité du jeune. Les témoignages d’anciens élèves qui décrivent leur relation avec un enseignant ou une enseignante comme importante dans leur vie sont nombreux. un encouragement peut être décisif, une brimade catastrophique. Les enfants sont à l’école, au collège ou au lycée toute la journée comment peut on imaginer qu’ils soient « hors éducation » ? De même que les parents, principaux éducateurs, ne sont pas dispensés de se préoccuper de la transmission des connaissances. D’ailleurs les enseignants ne se privent pas de compter sur eux malgré les inégalités que cela engendre et que l’on connaît.

La problématique des relations entre les parents et les enseignants qui n’a jamais été vraiment traitée sur le fond est une base nécessaire à la mise en place d’une véritable coéducation. Je ne parle pas d’ouvrir l’école pour une fête, une formation, une réunion, je ne parle pas des réunions de parents une fois par an (rarement 2 ou 3) où les parents écoutent les enseignants collectivement et peuvent individuellement parler de leur enfant aux enseignants. Je parle de vraies rencontres avec un climat de confiance qui permette à chacune et chacun de parler avec un poids égal d’éducation en tant que parent ou en tant qu’enseignant.

Mais la coéducation ne peut se limiter à ça. Il faut intégrer à la démarche tous ceux et toutes celles qui ont quelque chose à dire sur l’éducation. Et ils sont nombreux.

L’objectif est de parvenir à un nouveau contrat social sur l’éducation. Que tous les acteurs s’entendent sur un certain nombre de valeurs et de principes pédagogiques qui seraient partagés. La diversité de l’offre pédagogique deviendrait dès lors une richesse sociale et l’occasion d’échanges, de débats dans l’unique intérêt des enfants.

Ce contrat ne peut en aucun cas être le fruit d’un groupe de spécialistes fussent-ils éminents. Il doit s’élaborer à partir de ces collaborations multiples partout sur le territoire, même si telle ou telle proposition nationale sont les bienvenues comme le projet de loi sur la violence faite aux enfants.

Les « personnes physiques » sont concernées en priorité, mais les institutions doivent aussi être présentes, je pense aux collectivités territoriales, en particulier les communes et les départements, la CAF au niveau national, régional et local et bien sûr l’ensemble du tissu associatif qui joue un rôle considérable en matière d’éducation.

Et l’Etat ? Le ministère de l’Education nationale devrait être le cadre d’une telle démarche. Il devrait être le ministère de la coéducation nationale, mais la réticence de beaucoup d’enseignants à être considérés comme des éducateurs ne lui permet pas d’être engagé fortement dans ce domaine. Et pourtant, la mise en place partout en France de Projets Éducatifs De Territoire va dans ce sens. selon une circulaire du 20/3/2013  adressée aux préfets de région et de département (DRJSCS, DDCS / DDCSPP), aux rectrices et recteurs d’académie ; aux directrices et directeurs académiques des services de l’éducation nationale ; aux inspectrices et inspecteurs chargés des circonscriptions du premier degré ; aux directrices et directeurs d’école : « L’objectif du projet éducatif territorial est de mobiliser toutes les ressources d’un territoire afin de garantir la continuité éducative entre, d’une part les projets des écoles et, le cas échéant, les projets des établissements du second degré et, d’autre part, les activités proposées aux enfants en dehors du temps scolaire. Il doit donc permettre d’organiser des activités périscolaires prolongeant le service public d’éducation et en complémentarité avec lui. Il peut être centré sur les activités périscolaires des écoles primaires ou aller jusqu’à s’ouvrir, selon le choix de la ou des collectivités intéressées, à l’ensemble des temps scolaire, périscolaire et extrascolaire, de l’école maternelle au lycée, à l’instar de certains projets éducatifs locaux actuels »

On voit bien que contrairement aux Projets Éducatifs Locaux développés dans beaucoup de communes depuis plus de 10 ans, dans le cadre du réseau national et international des villes éducatrices, les PEDT ne constituent qu’un système d’organisation des temps de l’enfant essentiellement dans le cadre scolaire et périscolaire et parfois extrascolaire. Il y manque bien sûr l’essentiel qui est la question du sens. Occuper les enfants, c’est bien, mais pour quoi faire ? dans quels objectifs ? quelles complémentarités entre ces activités ? Quels sont leurs besoins, leurs désirs ? Quelle valorisation des acquis ? Quelle évaluation du dispositif ? Le Recteur ou son représentant a-t-il la capacité institutionnelle de piloter un dispositif qui exige un respect total de l’autonomie des partenaires du projet ? Ces partenaires ne se mobilisent pas autour de l’école, mais avec l’école pour que les enfants réussissent leur vie, pas seulement leur scolarité. Si le recteur était le représentant d’un grand ministère de la coéducation nationale, il en serait différemment. Cela supposerait aussi que les initiatives soient prises par le territoire pour les enfants du territoire avec le soutien des institutions.

Le beau texte de Philippe Douroux sur la bienveillance constitue une réflexion qui pourrait être la base de d’échanges sur l’éducation. Ses idées résonnent et ne peuvent laisser indifférents. que le débat s’ouvre !