Plaidoyer pour une Coéducation Nationale

Éducation nationale, ces deux mots liés l’un à l’autre sont devenus indissociables.

L’Éducation nationale est devenue une institution vénérée, crainte, toute puissante. Le mammouth serait devenu ingouvernable et avancerait sans contrôle de son pas lent et lourd écrasant tout sur son passage…

L’Éducation nationale reste pourtant pour la plupart de nos concitoyens le symbole de l’espoir pour l’avenir des enfants, le passage obligé de la réussite individuelle et d’une éventuelle promotion sociale.

Cette image est aujourd’hui ternie par les difficultés qui s’amoncellent en son sein :

*mauvais résultats des évaluations internationales de l’OCDE (PISA)

*aggravation des inégalités

*difficultés des recrutements d’enseignants

*décrochages scolaires et sorties sans qualification

Il fallait réagir vite. La loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République de 2013 a engagé l’action dans ce sens.

L’institution Éducation nationale est en marche, c’est bien.

Toutefois, le mal est profond et si les réformes institutionnelles sont les bienvenues, elles ne résoudront pas, seules, les vraies questions d’éducation.

Le foisonnement considérable dans notre pays d’hommes et de femmes qui participent avec courage, énergie, imagination, persévérance à l’œuvre éducative dans et hors Éducation nationale est impressionnant, mais nous n’en avons pas conscience.

L’Éducation sera vraiment nationale lorsque la Nation toute entière sera mobilisée et que, ensemble, tous les acteurs de l’éducation pourront avec le soutien des institutions nationales et locales définir des principes d’action communs reposant sur des valeurs communes et organiser l’action éducative locale, en respectant les compétences de chacun, compte tenu d’une analyse partagée de l’existant.

Les parents sont, de façon naturelle, les premiers responsables de l’éducation des enfants. L’École est un lieu de socialisation et d’apprentissage animé par des professionnels, mais bien d’autres adultes participent même ponctuellement à l’éducation des enfants et des jeunes, dans le cadre du périscolaire, de la famille, du voisinage, des relations familiales mais aussi d’associations sociales, sportives, culturelles, de loisirs ou dans le cadre de leur parcours social et médical.

Chaque enfant, chaque jeune est unique. Il se construit de façon singulière. Il a besoin d’un accompagnement adapté. La cohérence éducative des adultes qu’il côtoie dans ses différentes activités est essentielle.

Il appartient aux citoyens, tous ensemble, d’inventer cette éducation vraiment nationale, d’élaborer ce que Philippe Mérieux appelle « un bien commun éducatif », de faire émerger de nouvelles cohérences et de vrais partenariats au service des enfants et des jeunes, là où fonctionnait le « chacun pour soi » et où régnait l’indifférence ou la méfiance.

Il nous faut pour cela travailler à trois niveaux :

  1. définir nos valeurs communes et les principes pédagogiques que nous partageons.
    Ces débats sont fondamentaux. Il faut s’entendre sur les concepts d’égalité, de laïcité, d’autorité, d’évaluation, d’apprentissage, de mixité, de réussite… en n’évitant aucun sujet « qui fâche » afin qu’on puisse s’appuyer sur des valeurs communes qui soient à la base d’un nouveau contrat social éducatif.

  2. Diffuser, faire connaître, faire comprendre, échanger tout ce qui se fait d’innovant dans et hors Éducation nationale, nationalement, régionalement ou localement. Toute innovation ne peut réussir que si les autres « éducateurs » portent aussi la démarche.
    Chaque institution doit être autonome, mais elle doit pour avancer considérer les autres éducateurs et en particulier les parents comme des partenaires et non des clients.

  3. Favoriser de nouvelles initiatives adaptées à chaque territoire.

La coéducation nationale devrait être la grande aventure du XXIème siècle, une coéducation qui doit avoir comme première priorité de permettre à tous les enfants, sans aucune distinction, de réussir leur vie.

Yves Bourgarel