Non, l’École n’est pas finie

Jacques Julliard a donc écrit « dans l’urgence » un essai sur l’école, à la rentrée dernière, intitulé « L’École est finie »
Je viens de le lire.
On nous prévient en quatrième de couverture : « Oui, l’École, telle que nous l’avons aimée et servie, cette École est finie. Mais son esprit demeure. Son besoin demeure. Son espérance demeure. Il ne tient qu’à nous de la recommencer. »
« Recommencer ! » comment peut-on dire cela alors que tant d’hommes et de femmes passionnés, compétents, désintéressés, se battent jour après jour pour que l’École continue et évolue.
Ainsi, Jacques Julliard se positionne clairement parmi cette cohorte d’intellectuels qui accusent l’École de tous les maux de la société et qui souhaitent que nous effacions tout pour recommencer. Recommencer comme au temps glorieux des hussards de la République. Recommencer comme si notre École, aujourd’hui, était frappée d’un mal incurable, on pourrait dire d’un péché originel, dont le nom serait « le pédagogisme ».
Jacques Julliard est un homme de culture et il fait appel pour soutenir cette thèse incongrue à Platon, à Simone Weil « qui avait compris que le monde moderne était un complot permanent contre l’École !!!» , et même Rousseau ou Proudhon, Malebranche ou Saint Augustin et bien sûr en se référant à de « bonnes » citations de nombreux politiciens depuis les révolutionnaires de 89 à ceux d’aujourd’hui.
Jacques Julliard n’aime pas la bienveillance. Jacques Julliard n’aime pas le pédagogisme. Jacques Julliard n’aime plus la gauche. Jacques Julliard aime l’autorité, il aime les élites, la notation, il aimerait supprimer le bac.
Ceci étant dit parce qu’il fallait que j’exprime ma surprise, mon désarroi, mon indignation devant ce rejet massif et réactionnaire au sens de rétrograde, de ce texte, je tiens à dire deux choses :
• J’ai trouvé dans ce livre bien des constats, bien des analyses que je partage, bien des interrogations qui sont miennes. Je vais garder ce texte où j’y puiserai des réflexions même si elles ne me conduisent pas aux mêmes conclusions que les siennes, et des références.

• Dès la première page, Jacques Julliard annonce qu’il souhaite « contribuer à la mobilisation qui se dessine pour faire enfin de l’École une grande cause nationale » et, à la fin de son texte, il précise concrètement ce qu’il préconise.
Pour ma part, je crois que la grande cause nationale évoquée par Jacques Julliard doit porter sur l’Éducation et non pas seulement sur l’Éducation nationale dont elle est le fleuron. L’enjeu majeur dans la société actuelle est d’articuler tout ce qui se fait pour l’Éducation des enfants pour l’intégrer dans un grand projet éducatif sociétal qui pourrait faire l’objet d’un grand débat et déboucher sur une loi référendaire.
La loi pour la refondation de l’École de Vincent Peillon portait déjà cet esprit d’ouverture sur l’avenir. C’est dans ce sens qu’il faut agir.
Les parents sont exigeants, intrusifs, individualistes ? Alors, il faut travailler avec eux, ouvrir l’École aux parents, les impliquer dans les projets éducatifs, les aider à accompagner leurs enfants, comme c’est déjà fait dans beaucoup d’établissements, et surtout ne pas se barricader au nom de je ne sais quelle sacralisation de l’École.
L’École a en charge la transmission des connaissances. C’était un monopole, ça ne l’est plus. Les connaissances sont accessibles partout. Par contre, c’est à l’École que tous les enfants sans aucune distinction peuvent trouver des enseignants qui vont les aider à s’approprier ces connaissances (le passage de l’avoir à l’être). C’est le métier des enseignants et ça s’appelle la pédagogie, n’en déplaise à Jacques Julliard.
Mais l’Éducation, c’est bien autre chose. C’est tout ce que l’enfant va trouver sur son chemin de construction personnelle pour devenir lui-même. L’éducation, c’est toute une organisation sociale : des logements adaptés à l‘épanouissement des familles, des villes et des villages pensés pour que les enfants y aient toute leur place, un tissu associatif riche d’activités diverses animées par des éducateurs bénévoles ou professionnels, une organisation du système de santé et social qui agit pour chaque enfant. Et puis, bien sûr, les parents qui sont les premiers éducateurs de leurs enfants et l’École qui doit affirmer sa spécificité, mais qui doit aussi se positionner dans le cadre de l’action éducative globale.
« Il faut tout un village pour éduquer un enfant » ce proverbe africain doit s’appliquer partout et toujours.
Le ministère de l’Éducation nationale pourrait être rebaptisé ministère de la Coéducation nationale et s’engager sur la mise en place d’un véritable contrat éducatif social dans toutes ses composantes.

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