Réforme des programmes scolaires

Après les dispositions sur le collège, l’actualité se concentre sur le projet de réforme des programmes de l’école élémentaire et des collèges.

Ce projet de réforme arrive au bon moment et pose de bonnes questions sur la nécessaire évolution de l’école. Il sera évidemment critiqué par des enseignants qui ne voient l’enseignement qu’à travers leur discipline. Il est urgent qu’ils passent à la 3D. L’enjeu est la construction humaine, intellectuelle et sociale des jeunes qui ne se découpent pas en disciplines, mais doivent être pris en charge collectivement et individuellement par les équipes pédagogiques où chaque enseignant a sa place avec sa spécialité.

Ce projet décloisonne, permet de construire de vrais coopérations entre l’école et le collège, permet de  redonner du sens aux projets pédagogiques, permet d’introduire l’informatique dans les outils pédagogiques.

Il reste aux enseignants à participer à la concertation nationale sur ce projet pour qu’il soit le plus opérationnel possible.

Programmes scolaires : ce qui changera pour les élèves

Le projet de réforme des programmes à partir de la rentrée 2016 est aussi dense qu’ambitieux. Tour d’horizon des changements attendus en classe, du CP à la 3e.

Le Monde.fr | 2015/04/16 12:38:42- mis à jour le 2015/04/17 09:21:02

Pas facile de s’y retrouver dans les projets de programmes scolaires divulgués lundi 13 avril et qui, du CP à la 3e, bousculent tant le métier enseignant que celui d’élève. Même si leur rédaction a été allégée par rapport aux moutures précédentes (2002 et 2008), et si leur formulation se veut plus accessible – les rédacteurs du Conseil supérieur des programmes (CSP) ont fait l’effort de se placer plus du point de vue de l’élève que du professeur –, les nouveautés, pour le néophyte, ne sont pas simples à percevoir ni à comprendre.

Lire : Les nouveaux programmes scolaires bousculent le collège

En attendant que la communauté éducative se prononce sur leur portée, leur valeur et leur faisabilité, voici quelques-uns des changements proposés qui, s’ils sont validés, devraient être perceptibles en classe à partir de la rentrée 2016.

Davantage de place pour les outils numériques

Internet et les nouvelles méthodes d’apprentissage obligent-ils à repenser de fond en comble les leçons ? Disons plutôt que l’utilisation de ces outils, que les jeunes générations manient souvent mieux que leurs aînés, sera renforcés dans les trois cycles – du CP au CE2, du CM1 à la 6e, de la 5 à la 3e – mais sans pour autant se substituer à l’apprentissage de l’écriture manuscrite.

C’est manifeste dès le CP : à ce moment-là, « l’élève apprend à maîtriser le geste grapho-moteur, il automatise progressivement le tracé normé des lettres », indique le projet de programme de cycle 2, mais il apprend aussi « à utiliser les fonctions simples d’un traitement de texte, il manipule le clavier. De façon manuscrite ou numérique, il apprend à copier sans erreur des énoncés ».

Lire : Du CP à la 3e, l’intégralité des futurs programmes scolaires

Dans le cycle suivant 3 – à cheval sur l’école et le collège – presque toutes les disciplines prévoient des apprentissages numériques. En sciences et technologies, « les élèves apprennent à connaître l’organisation d’un environnement numérique et à utiliser différents périphériques ainsi que des logiciels de traitement de données numériques (images, textes, sons…) ».

En mathématiques, ils utiliseront des logiciels de calculs et d’initiation à la programmation. Dans l’apprentissage d’une langue vivante, « le recours aux outils numériques permettra d’accroître l’exposition » aux sonorités étrangères. En français, les élèves se serviront de traitements de texte, correcteurs orthographiques, dictionnaires en ligne et apprendront à produire un document intégrant du son et de l’image.

De la 5e à la 3e, on insistera sur la maîtrise de l’identité numérique, afin que l’élève « devienne un usager des médias et d’internet conscient de ses droits et devoirs ». L’idée est de développer son esprit critique, en apprenant à traiter les différentes sources d’information, notamment sur les réseaux sociaux, et à en mesurer la pertinence.

 La langue, la langue, et encore la langue

C’est le leitmotiv de cette réforme des programmes : « La maîtrise des langages, et notamment de la langue française, est la priorité ». Quel que soit le cycle, ils sont valorisés dans une volonté de consolidation des fondamentaux. Rien d’étonnant quand le premier des cinq grands domaines du socle commun – ce bagage pour la vie dont les élèves sont censés être dotés à l’issue de la scolarité obligatoire, à 16 ans – s’intitule « les langages pour penser et communiquer ».

Les élèves du cycle 2 (du CP au CE2) apprendront ainsi « la construction du sens et l’automatisation (…) nécessaires à la maîtrise de la langue ». Ils débuteront aussi les langues étrangères et régionales, et acquéront les premières compétences d’expression orale. Entre le CM1 et la 6e (cycle 3) sera développée la compréhension des principaux accords orthographiques, le travail de la lecture et l’amélioration des compétences en langues étrangères. L’apprentissage des langages scientifiques a une place prépondérante et est intimement liée aux langages du corps. L’éducation physique et sportive doit ainsi « donner un sens concret aux données mathématiques en travaillant sur le temps, la distance et la vitesse ».

Les trois dernières années de collège (cycle 4) appellent l’élève à une réflexion critique au travers de l’enseignement moral et civique. Il lui faudra formuler des écrits scientifiques, utiliser un vocabulaire spécifique à chaque discipline, de l’histoire-géo à l’histoire des arts. Il pourra dès lors « recourir à divers moyens langagiers pour interagir et apprendre », et communiquer de façon claire.

L’oral gagne en légitimité

Quelque peu oubliée des programmes actuels, la pratique de l’oral occupe une place centrale dans la réforme, et ce à tous les niveaux, à partir du CP. Un atout pour les élèves qui peinent durant les épreuves écrites. L’objectif est de « permettre à l’élève d’être actif dans les échanges verbaux, d’y construire sa place en formulant un point de vue ou une proposition, en acquiesçant, en contestant, ou simplement en écoutant ».

Des programmes d’histoire plus souples

Alors que le temps manque aux enseignants pour dérouler l’intégralité de la frise chronologique prévue dans les programmes actuels, ils auront plus de liberté dans le choix des périodes étudiées, à condition de proposer un programme d’histoire cohérent sur la durée du cycle 4 (de la 5e à la 3e), et de respecter les sujets imposés.

Donner du sens aux apprentissages, de la place au raisonnement

Entre la 5e et la 3e, en mathématiques, la formation au raisonnement devient un « objectif essentiel » du programme : à la fois au raisonnement déductif, « coeur de l’activité mathématique », et au raisonnement inductif, à travers les pratiques d’investigation que sont l’apprentissage par essai-erreur, qui pousse l’élève à chercher seul une solution en s’y prenant de diverses manières ou encore la conjecture-validation (établir une hypothèse, puis lui donner des preuves la validant).

Développer les projets interdisciplinaires

La réforme invite les enseignants à « rechercher les croisements interdisciplinaires » dans l’élaboration de projets dès la classe de 5e. Notamment ceux de français, encouragés à « puiser librement dans les thématiques d’histoire des arts (…) pour construire des liens entre les arts du langage et les autres arts. » Des croisements favorisés aussi en langues, en les comparant entre elles ou en recherchant les origines latines et grecques. La volonté est ici de permettre aux élèves « l’acquisition de compétences complexes » qu’ils peuvent alors combiner pour répondre « à une tâche non connue ». Tisser une sorte de toile éducative où « chaque compétence présentée peut être réinvestie », créant ainsi un dialogue entre les disciplines.

Un palier moins haut entre l’école et le collège

Ces nouveaux programmes font le lien entre l’école primaire et le collège, comme c’est le cas dans la plupart des pays européens, notamment en créant un cycle commun – du CM1 à la 6ème : l’objectif est d’éviter aux 20 % d’élèves qui ne maîtrisent pas suffisamment les « fondamentaux » à l’issue du primaire de venir grossir les rangs des décrocheurs. Ce projet implique un travail collectif entre enseignants du primaire et du secondaire, à l’œuvre déjà dans nombre d’établissements – dont ceux de l’éducation prioritaire où l’on travaille « en réseau ». La collaboration peut-elle aller jusqu’à la préparation et la répartition des cours ?

Autre conséquence problable de ces programmes, ceux-ci sont organisés par cycles de trois ans, les redoublements devraient donc diminuer, explique Michel Lussault, président du CSP : « Le redoublement doit être limité à quelques cas très particuliers. »

Lire l’entretien : Avec la réforme des programmes, « la notion de redoublement n’a plus de sens »

  • Mattea Battaglia
  • Matteo Maillard

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